mardi, novembre 24

France : Une place en hommage au Dr Mamoudou Barry inaugurée dans la ville de Canteleu

Un an après l’agression mortelle dont a été victime l’universitaire Mamoudou Barry le 19 juillet 2019 à Canteleu, ses proches, amis, collègues ou encore des inconnus ont marché pour lui rendre hommage à Rouen, dimanche 19 juillet 2020.

Des poings levés, des « Justice pour Mamoudou », « Justice pour Docteur » ou encore « Stop au racisme » scandés avec force dans les rues de Rouen jusqu’au palais de justice. Et surtout, un éloge de près de deux heures rendus à Mamoudou Barry avant que la marche ne commence. Dimanche 19 juillet 2020, dès 13 h, près de 200 manifestants s’étaient rassemblés sur l’esplanade de la faculté de Droit à Rouen pour rendre hommage à Mamoudou Barry. Ce docteur en droit – originaire de Guinée-Conakry et naturalisé Français en 2018 – est mort à 31 ans après avoir été agressé par un passant à Canteleu, le 19 juillet 2019. « Mamoudou Barry a fait l’objet de propos racistes et de coups violents sous le regard impuissant de son épouse. Il a été agressé du fait de sa couleur de peau ! (…) Quelle tristesse, quelle ignominie ! », s’exprime sur une estrade, Kalil, un « ami très proche » du défunt.

« Un modèle »

Les qualificatifs élogieux n’ont pas manqué : « un homme de consensus », « de dialogue », « épris de paix et de justice »… Kalil poursuit : « Il a toujours été un modèle pour nous. C’était un père dévoué ». Sa famille « inconsolable » a justement pris la parole. Son grand frère, mais aussi sa femme : Fatoumata Barry. Très émue, elle a raconté son calvaire depuis la mort de son mari : « On vit avec tristesse, avec colère, avec la haine. Quand quelqu’un sonne à la porte, notre fille court pour voir s’il n’est pas derrière. Elle me pose des questions tous les jours. (…) Sa disparition a laissé un grand vide dans la famille Barry, et même dans le monde entier. C’est un grand homme. (…) C’est un mari parfait, je suis fière d’être son épouse. J’aurais voulu terminer ma vie avec lui, mais à cause d’un raciste, mon vœu ne sera pas exaucé. » Fatoumata Barry insiste : « Mon mari a perdu la vie à cause de sa couleur de peau, parce qu’il était noir ! » Présent dans l’assemblée, Dominique Sopo – président de SOS Racisme – a abondé : « Les mots sont entièrement liés aux actes ». Il a aussi rappelé « l’importance de s’engager contre le racisme » : « Ça sert toujours à quelque chose de militer. (…) À la fin, nous gagnerons, et l’égalité triomphera ». Le représentant du collectif « Justice pour Mamoudou » a fait référence à Georges Floyd – ce noir américain mort après une violente interpellation aux États-Unis en mai : « Après la mort de Georges Floyd, il y a des hommes qui se sont levés comme un seul homme. (…) Il est très important que l’on soit là, l’année prochaine, pour dire non ! »

Un an après son agression mortelle, une marche pour rendre hommage à Mamoudou Barry à Rouen

Une plaque à son nom
Ce soutien à la lutte contre le racisme, le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, a voulu le marquer par un geste fort, ayant bien conscience de son caractère « peu conventionnel ». Sur l’estrade, l’élu a mis un genou à terre et a levé son poing. L’assemblée a alors fait de même après l’avoir applaudi. Après un discours rendant hommage à Mamoudou Barry, l’élu a terminé en citant Martin Luther King : « Nous devons vivre comme des frères sinon nous mourrons comme des idiots ». Présente, la députée Sira Sylla a abondé : « Nous devons tous lutter contre toute forme de racisme ». De la famille, des amis, mais aussi des collègues de cet universitaire en droit, qui avait soutenu sa thèse trois semaines avant le drame, ont fait le déplacement, comme N’Daneda. Cette doctorante est venue de Paris : « C’était quelqu’un de très humain, avec beaucoup d’atouts intellectuels. Pour moi, c’était un mentor ». Pour un autre collègue : « Mamoudou n’est pas parmi nous, mais le chercheur lui survit ». Des personnes qui ne connaissaient pas le défunt ont aussi participé. Comme Stéphanie et Gontran pour qui « c’est du racisme ordinaire, c’est de la bêtise, mais c’est mortel ». Kalil, ami très proche de Mamoudou, a tenu à souligner qu’ils « n’étaient pas animés par un esprit de vengeance parce que nous avons confiance en la justice républicaine, aux institutions, ce qui correspond aux valeurs de Mamoudou ». Alors qu’une plaque a été érigée en hommage au défunt à Canteleu dimanche matin, une gerbe devait être déposée, après la marche, sur le lieu de l’agression mortelle.

Où en est l’enquête ?
Mamoudou Barry est mort après avoir été agressé par un passant qui lui avait lancé des insultes racistes à Canteleu, le 19 juillet 2019. « Une information judiciaire a été ouverte pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, avec la circonstance aggravante du caractère raciste », résume Me Antoine Vey, l’avocat de la famille du défunt. Lors de la marche, des proches se sont interrogés sur cette qualification juridique – « Sans intention de la donner » – qui est « incompréhensible ». Un homme de 29 ans avait été mis en examen : sa garde à vue avait été levée afin qu’il soit hospitalisé pour des raisons psychiatriques. « Aujourd’hui se pose la question de sa responsabilité pénale sachant qu’il a des antécédents psychiatriques », poursuit le conseil. Les conclusions de l’expertise psychiatrique devraient être bientôt rendues, indique l’avocat. Le but étant notamment de savoir si l’expert considère s’il y a eu, oui ou non, abolition ou altération du discernement lors des faits.

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